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Australie

153 boat-people détenus quelque part dans l’océan Indien

18 juillet 2014
7 Lames la Mer
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153 demandeurs d’asile venus du Sri Lanka dont 37 enfants et 32 femmes sont actuellement détenus, quelque part en mer, sur un navire des douanes australiennes, enfermés à double tour dans des cabines, les femmes et les enfants séparés des hommes. Le gouvernement australien n’a, pour l’heure, pas indiqué quel sort sera réservé à ces boat-people qui espéraient atteindre Christmas Island mais selon toute vraisemblance, l’expulsion vers le Sri Lanka est envisagée. Le premier ministre, Tony Abbott, a refusé de révéler l’emplacement du navire qui les détient.

Image extraite d’une bande dessinée éditée par le gouvernement australien pour décourager les futurs demandeurs d’asile. Cette propagande a été diffusée (spots TV, radio et encarts publicitaires dans la presse locale) dans différents pays : Sri Lanka, Afghanistan, Vietnam, Indonésie.

Le ministre australien de l’Immigration, Scott Morrison, après avoir dans un premier temps refusé de confirmer l’interception du bateau transportant 153 Sri Lankais, a depuis déclaré : « Toute personne qui est sous la responsabilité des officiers des douanes et de la protection des frontières australiennes est bien traitée, et ces demandeurs d’asile sont bien traités. »

Confronté au principe de réalité, le gouvernement australien s’est ensuite exprimé par la voix de son premier ministre qui a affirmé : « nous nous conformerons pleinement à nos obligations légales, nous respecterons pleinement les règles pour assurer la sécurité en mer et nous garantissons, s’agissant de gens qui sont à notre charge, qu’ils ne subiront aucun dommage ».

Ces réfugiés fuient les persécutions menées par le Gouvernement Sri-Lankais contre la minorité tamoule. Constante de la politique cinghalaise, les attaques contre ces habitants se sont intensifiées avec la victoire de l’armée de Colombo sur le mouvement de guérilla des « Tigres pour la Libération de l’Eelam Tamoul » (LTTE) en 2009. « Le Sri-Lanka est un État de plus en plus autoritaire, » avait déclaré en 2013 la Commissaire de l’ONU, Navin Pilay, « où les Tamouls sont confrontés à un nombre croissant de viols, d’expulsions forcées, de meurtres et de disparitions ». Plusieurs organisations internationales, dont le Sentinel Project spécialisé dans la prévention des crimes de masse, estiment que le risque de génocide est « très élevé » dans le pays, dans un contexte où l’armée sri-lankaise a intensifié ses opérations de sécurité, contraignant à l’exil un nombre croissant de Tamouls.

Depuis combien de temps ces boat-people avaient-t-ils quitté le Sri Lanka ? Leur embarcation a parcouru environ 3500 kilomètres à travers l’océan Indien avant d’être interceptée 300 km à l’ouest de l’île de Christmas à la fin du mois de juin. « Il leur restait très peu de carburant et ils étaient très inquiets, rapporte Ian Rintoul, porte-parole de la Coalition d’Action pour les Réfugiés [1], qui était en contact téléphonique avec eux. Ils pensaient qu’ils ne tiendraient pas au-delà de dimanche midi [2] ».

Image extraite d’une bande dessinée éditée par le gouvernement australien pour décourager les futurs demandeurs d’asile.

L’arrivée de ce nouveau bateau de clandestins à proximité de l’île Christmas contrarie fortement le gouvernement australien qui, avec l’opération de la marine australienne « Souveraineté aux frontières », pensait stopper durablement le flux de boat-people, en repoussant (en général vers l’Indonésie) toute tentative d’intrusion dans les eaux australiennes. Or, selon le site radioaustralia.net, « l’arrivée d’un bateau venu du Sri Lanka est un véritable camouflet pour Scott Morrison, le ministre de l’Immigration australien ». L’expulsion de ces boat-people vers le Sri Lanka est envisagée par le gouvernement.

Les avocats des demandeurs d’asile ont d’ores et déjà déposé un recours devant la Haute Cour australienne, la plus haute juridiction du pays, pour tenter de bloquer cette expulsion. « Leur argument principal est que l’Australie a un devoir de protection envers ces demandeurs d’asile et ne peut les renvoyer dans leur pays sans avoir réellement examiné leur demande et évaluer le danger qu’ils encourent s’ils sont renvoyés dans leur pays », explique le site radioaustralia.net.

Image extraite d’une bande dessinée éditée par le gouvernement australien pour décourager les futurs demandeurs d’asile.

Campée sur ses positions et ses objectifs liés au dispositif « Souveraineté aux frontières », l’Australie a récemment arraisonné, à proximité des îles Coco, une embarcation avec 41 boat-people (dont 9 enfants et 4 femmes) à bord, lesquels ont été « remis à leurs autorités d’origine, le Sri-Lanka ». Cette affaire avait suscité une certaine inquiétude du côté des Nations unies. « En Australie même, 53 professeurs de Droit ont contesté la manière de faire des autorités de Canberra, en dénonçant la détention des migrants en haute mer, sans contact avec un avocat ni moyen de faire valoir leurs droits, tandis que leur reconduite dans leur pays d’origine les expose à des représailles », précise le site lemarin.fr.

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« 14 femmes détenues au centre de rétention de l’île Christmas ont tenté de se pendre la semaine dernière », rapporte radioaustralia.net. Selon les associations de soutien aux demandeurs d’asile, elles espéraient ainsi que leurs enfants, devenus orphelins, seraient enfin accueillis en Australie. Le porte-parole du gouvernement, Eric Abetz, nie cependant qu’il y ait eu des tentatives de suicide. Selon lui, il y a eu de « petits incidents d’automutilation ». Le Premier ministre, Tony Abbott, a déclaré qu’il ne « cèderait pas au chantage moral ».

Sur l’île Christmas — surnommée l’île de la détention ou l’île-prison —, les demandeurs d’asile sont regroupés dans un camp de rétention. Constitué d’une dizaine de bâtiments, le camp est conçu comme un « quartier haute sécurité » : caméras de vidéo-surveillance, micros, portes électriques, grillages électrifiés, détecteurs de mouvements, surveillance par micro-ondes, bornes d’identification des détenus, pièce de surveillance à distance, "quartier pour bébés", etc.

La topographie de l’île entourée de hautes falaises renforce par ailleurs le caractère carcéral du lieu qui a vu sa fréquentation touristique chuter. « Les centres de détention offrent actuellement un triste spectacle de misère humaine, de désespoir absolu et de dépression nerveuse », explique en 2011 Louise Newman, responsable du « Detention Health Advisory Group », sur le site du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies. Celui de Christmas est décrit comme le centre le plus problématique notamment pour la santé mentale et avec un taux de suicides élevé.

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Notes

[1principale association australienne de soutien aux demandeurs d’asile

[2Dimanche 29 juin

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