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Tourisme : temps de Serveaux disponible...

26 avril 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Pour réussir la politique touristique, pêchons les requins et... changeons de touristes, explique en substance Patrick Serveaux, directeur de l’île de La Réunion tourisme (IRT).

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Patrick Serveaux sur "Antenne"

Si la crise requin a atteint l’économie de la mer, (camions-bars, commerces en tous genre, etc.), c’est avant tout en dissuadant les Réunionnais de se rendre à la plage et d’y consommer.

Il n’en va pas de même pour les touristes, dont la plus grande partie demeure issue de l’Hexagone.

Selon une enquête réalisée en 2014 par la société « Inventio » spécialisée dans les audits et citée par nos confrères du « JIR », les voyageurs qui renoncent à se rendre dans notre île n’évoquent presque jamais la peur des squales, mais plutôt le prix des billets et le coût de l’hôtellerie.

Et pour cause : la majorité des touristes se répartit entre le groupe dit des « affinitaires » — pour la plus grande part Réunionnais de la diaspora et leurs proches — et « les visiteurs attirés par les montagnes », déclarait en 2013 à « l’Express » le responsable de l’INSEE à La Réunion.

Ces faits mesurables et dûment mesurés ont beau être têtus, ils le sont pourtant moins que les instances réunionnaises chargées du tourisme, engagées depuis cinq années dans une politique de prestige visant à convaincre les nouveaux riches des pays émergents, pourtant notoirement plus portés sur les eaux turquoise et les cocotiers que sur la majesté de nos cratères et de nos pitons.

À cette persévérance dans les mauvaises décisions, — qui a notamment conduit la Pyramide inversée à saborder le projet d’acquisition de deux A-380 par la compagnie régionale qui auraient permis un billet à 600 euros fixe — s’ajoutent des dépenses de communication pour le moins discutables en direction de la clientèle hexagonale — la femme à la pagaie entre les dents affichée au derrière des bus parisiens, sa la pou rale domoune sa ?

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L’île intense : pan dans les dents

Conséquence : les indicateurs touristiques, déjà affectés par une crise qui n’est pas, elle, de la responsabilité de la Région, font encore plus grise mine… et les objectifs, semble-t-il toujours maintenus, visant à faire venir 600.000 touristes dans notre île, sont aujourd’hui à peu près aussi crédibles que ceux de la planification nord-coréenne.

À cet échec il fallait un bouc ou plutôt un squale émissaire : ce sont donc les ailerons qui font fuir le chaland, et ce dès l’abord des agences de voyages situées dans l’autre hémisphère, expliquait avant-hier Patrick Serveaux, qui a disposé d’un temps d’« Antenne » aussi confortable qu’accueillant à l’occasion de la venue de Mme la Ministre de l’Outremer.

Crawlant à contre-courant des enquêtes d’opinion citées ci-dessus, et surfant sur l’annonce par Mme Pau-Langevin de pêches au requin d’ailleurs autorisées depuis belle lurette, le directeur de l’IRT a déploré la manière dont « depuis des années, les attaques nuisent à notre notoriété ».

Simultanément victimes et bourreaux, les voyagistes « ne veulent plus commercialiser la destination Réunion » ; pris dans le dilemme cornélien entre profit et conscience professionnelle, les agences à la moralité impeccable accomplissent leur « devoir d’information » et « informent la clientèle qu’il y a un risque à La Réunion » se lamente M. Serveaux, qui semble de surcroît doté de solides bases en anthropologie.

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Si l’on ne vient pas à bout des requins, on pourra toujours changer de touristes...

En effet, nous révèle le big boss du tourisme réunionnais, alors que les Français trouillards — et semble-t-il passablement abrutis, puisqu’ils se retrouvent au bord d’acheter de coûteux billets pour La Réunion sans avoir pris le moindre renseignement quant à leur destination — détalent à la seule évocation des ailerons, « pour les Chinois et les Indiens, le requin ne représente pas réellement un handicap ».

Une analyse comparative des mentalités de haute volée qui valait bien un peu de notre temps de cerveau disponible…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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