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Impérialisme

Sanctions américaines : des milliers de morts au Venezuela

8 mai 2019
Perceval Gaillard
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Selon deux économistes mondialement renommés, les sanctions américaines qui pèsent sur le Venezuela ont provoqué 40.000 morts.

Manifestation dans les rues de Caracas contre l’impérialisme américain, le 9 mars 2019. Photo : Ricardo Vaz.

Sanctions économiques : des dizaines de milliers de morts


Une étude récente menée par les économistes, Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs, pour le Centre de recherches économiques et politiques [CEPR] à Washington, démontre que les sanctions économiques mises en oeuvre par l’administration Trump depuis août 2018 ont causé des dizaines de milliers de morts et aggravent rapidement la crise humanitaire.

Selon Mark Weisbrot, co-directeur du CEPR et co-auteur du rapport, « les sanctions privent les Vénézuéliens de médicaments d’importance vitale, de matériel médical, de nourriture et d’autres importations essentielles. Elles sont illégales au-regard du droit américain et international ainsi que des traités signés par les Etats-Unis d’Amérique. Le Congrès doit bouger pour les stopper ».


« De graves dommages au peuple vénézuélien »


Le document souligne que la reconnaissance par l’administration Trump d’un gouvernement parallèle en janvier 2019 a créé un nouvel ensemble de sanctions commerciales et financières qui ont dévasté l’économie et la population. Ces nouvelles restrictions ont rendu encore plus difficile l’achat de médicaments et d’autres importations essentielles en limitant de manière drastique les échanges internationaux.

Les auteurs démontrent également comment les sanctions ont empêché une reprise de l’économie après la sévère crise et l’hyperinflation qui a frappé le pays.

« La crise économique vénézuélienne est régulièrement imputée au Venezuela lui-même, explique Jeffrey Sachs, co-auteur de l’article. C’est bien pire que cela : en fait, les sanctions américaines visent délibérément la ruine de l’économie vénézuélienne et ainsi le changement de régime. C’est une politique infructueuse, sans cœur, illégale et ratée qui provoque de graves dommages au peuple vénézuélien ».


Plus de 40 000 morts depuis 2017-2018


Voici un aperçu des conséquences causées par les larges sanctions économiques mises en oeuvre par l’administration Trump depuis 2017 : ces sanctions ont causé plus de 40 000 morts depuis 2017-2018, selon les estimations.

Les sanctions ont réduit les disponibilités des produits de première nécessité : nourriture, médicaments, ce qui a eu pour conséquence une augmentation de la mortalité et des maladies.

Les sanctions de 2017 ont contribué à un déclin vertigineux de la production pétrolière ce qui n’a pas manqué d’avoir des répercutions dommageables dans la population.

Si les sanctions américaines mises en oeuvre depuis janvier 2019 sont maintenues, elles provoqueront certainement des dizaines de milliers de morts supplémentaires.

Les Vénézuéliens souffrent de pénuries alimentaires chroniques, que le gouvernement impute aux sanctions américaines.

Pénurie de médicaments


Ces estimations sont basées notamment sur plus de 80 000 personnes porteuses du VIH qui ont été privées d’accès à un traitement rétroviral depuis 2017, sur 16 000 personnes qui ont besoin d’une dialyse, sur 16 000 personnes atteintes de cancer et sur 4 millions de malades souffrant de diabète et d’hypertension [pour la plupart, ils ne bénéficient par d’insuline ni de traitements cardiovasculaires].

Depuis le début des sanctions en 2019, la production de pétrole a chuté de 431 000 barils par jour, soit 36,4%. Ce processus à la baisse va grandement accélérer la crise humanitaire mais de plus, la perspective d’atteindre une baisse de 67% dans l’année si les sanctions sont maintenues, provoquera d’immenses pertes humaines supplémentaires.

Mark Weisbrot. Photo : Web.

Pour la réforme de la politique étrangère des États-Unis


Mark Alan Weisbrot est un économiste et chroniqueur américain. Il est co-directeur, avec Dean Baker, du Centre de recherches économiques et politiques à Washington. Weisbrot est président de « Just Foreign Policy », une organisation non gouvernementale vouée à la réforme de la politique étrangère des États-Unis.

En 1999, Weisbrot a cofondé, avec l’économiste Dean Baker, le Centre de recherches économiques et politiques, un groupe de réflexion qui produit des recherches économiques sur des sujets qui affectent la vie des populations afin de contribuer au débat public américain [sécurité sociale, santé, budget national, etc.] mais aussi au niveau international [économie mondiale, politique du Fonds monétaire international et de l’Amérique latine].

Dean Baker, co-fondateur du CEPR en 1999.
Source CEPR.

Critique de la mondialisation néolibérale


En tant qu’économiste, Weisbrot s’est opposé à la privatisation du système de sécurité sociale des États-Unis et a critiqué la mondialisation néolibérale et le Fonds monétaire international [FMI].

Weisbrot affirme que la mondialisation promue par le gouvernement des États-Unis — ainsi que par des institutions de prêt multilatérales telles que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale — a échoué pour les pays les plus pauvres, précisant même qu’« aucun pays sous-développé ne s’est sorti de la pauvreté dans les conditions Imposées par Washington impose aux pays  ». L’ économiste Jeffrey Sachs a déclaré que Weisbrot était « le chef de file dans la lutte » contre le consensus de Washington, à l’origine d’une grande partie de cette mondialisation.


Travaux et publications


• « Idéologie et méthode dans l’histoire de l’économie du développement », thèse/mémoire, Mark Alan Weisbrot, université du Michigan, 1993.
• « Sécurité sociale : la crise bidon », Dean Baker, Mark Alan Weisbrot, université de Chicago, 1999.
• « Échec : ce que les "experts" ont mal compris avec l’économie mondiale », Mark Alan Weisbrot, université d’Oxford, 2015.


Thérapie de choc contre crises économiques


Jeffrey David Sachs [né le 5 novembre 1954 à Détroit dans le Michigan] est un économiste américain. Il dirige à l’« Institut de la Terre » de l’université Columbia [New York] où il est également enseignant. Il est consultant spécial pour le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Il est connu pour ses travaux comme consultant économique auprès des gouvernements d’Amérique latine, d’Europe de l’Est, d’ex-Yougoslavie, d’ex-Union soviétique, d’Asie, et d’Afrique.

Il a proposé une thérapie de choc [bien qu’il n’apprécie pas personnellement ce terme] comme solution aux crises économiques vécues en Bolivie, en Pologne et en Russie [politique qui aurait provoqué 3,2 millions de victimes en Russie, selon l’UNICEF et l’IRC1].

António Guterres.

Le traitement de choc du « docteur Sachs »...


Il est aussi connu pour sa coopération avec des agences internationales sur les thèmes de la réduction de la pauvreté, de l’annulation de la dette et du contrôle épidémiologique — notamment du VIH/SIDA, dans les pays en voie de développement. Il a lancé le « Deep Decarbonization Pathways Project » [DDPP]. Il est diplômé honoraire de plusieurs institutions, telles l’université Simon-Fraser, l’université Ohio Wesleyan.

Il est le seul universitaire à avoir figuré plusieurs fois au classement des personnalités les plus influentes du monde publié par le Time Magazine.

En 2007, la journaliste canadienne, Naomi Klein, a sévèrement critiqué l’action de Jeffrey Sachs en tant que conseiller économique. D’après elle, la « thérapie de choc » qu’il a préconisée en Bolivie [1985], en Pologne [1989] et en Russie [1991] a eu des conséquences désastreuses. Si une petite partie de la population a pu chaque fois s’enrichir, le traitement de choc du « docteur Sachs » a entraîné un appauvrissement considérable des sociétés bolivienne, polonaise et russe.

Naomi Klein.

Des mesures très mal accueillies par les populations


Ces mesures ont d’ailleurs été très mal accueillies par les populations. En Pologne, sous la pression populaire, l’équipe dirigeante [issue de Solidarność] dut mettre fin à une vague de privatisations et à une politique contraires au programme du syndicat Solidarność.

En Bolivie et en Russie, il fallut des manœuvres fort peu démocratiques [et même, dans le cas de la Russie, un coup d’État de la part de Boris Eltsine], pour contraindre les populations à accepter cette nouvelle politique économique.


Cet article s’intéresse aux principales conséquences des sanctions imposées au Venezuela par le gouvernement des Etas-Unis d’Amérique depuis août 2017. Il démontre que la majorité de ces sanctions n’ont pas impacté le gouvernement mais la population civile.

Les sanctions ont réduit l’apport calorique journalier des gens, augmenté la mortalité et les maladies (aussi bien pour les adultes que les enfants) et déplacé des millions de personnes qui ont fui le pays du fait de la dégradation de la dépression économique et de l’hyperinflation. Elles ont exacerbé la crise économique vénézuélienne et ont clairement rendu impossible la stabilisation économique, causant ainsi de nombreux décès supplémentaires.

Toutes ces conséquences ont porté atteinte de manière disproportionnée aux vénézuéliens les plus pauvres et vulnérables.

Encore bien plus sévères et destructrices que les larges sanctions économiques d’Août 2017 ont été les sanctions imposées par l’ordre exécutif du 28 Janvier 2019 et les ordres exécutifs successifs signés cette année. La reconnaissance d’un gouvernement parallèle, comme indiqué ci-dessous, a créée un tout nouvel ensemble de sanctions commerciales et financières qui sont encore plus contraignantes que les ordres exécutifs eux-mêmes.

Nous démontrons que les sanctions ont infligé et infligent de plus en plus, de très graves dommages sur la vie et la santé humaines, incluant la mort de 40 000 personnes depuis le début des sanctions en 2017-2018. Ces sanctions correspondent à la définition de punition collective sur une population civile telle que décrite dans les conventions de Genève et de La Haye, signés toutes deux par les Etats-Unis d’Amérique.

Elles sont ainsi illégales au regard du droit international et des traités signés par les Etats-Unis d’Amérique et violent également clairement la loi américaine.

Avril 2019

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