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30 janvier 1725 : « Tuer les noirs fugitifs dans les bois »

La Réunion
30 janvier 2013

Illustration d’une scène de chasse, extraite du premier roman réunionnais : "Les marrons", de Louis Timagène Houat, édité à compte d’auteur en 1844.
L’artiste qui a signé les lithographies de ce livre n’a pas été clairement identifié. Il signe : "Tony de B. del. — Félix".

C’est le 30 janvier 1725, il y a 288 ans, que le Conseil Supérieur publie un arrêt ordonnant de « tuer les noirs fugitifs dans les bois, lorsqu’ils ne voudront pas s’arrêter ». L’année suivante, le Conseil fixe à 30 livres le prix d’un esclave « mort ou vif ».

Entre 1725 et 1765, sur les 784 « grands marrons » recensés comme « en fuite depuis plus de 6 mois », on en dénombre 270 « tués dans les bois », 438 capturés, 26 morts au bloc ou à l’hôpital et 50 mis à mort.

En 1844, le premier roman réunionnais, intitulé « Les marrons » [1] est publié à compte d’auteur par Louis Timagène Houat [2], né à Saint-Denis le 12 août 1809. On y trouve la description d’une scène de « chasse aux marrons » :

« Dans un ravin profond et boisé, non loin de là, venaient de se poster deux hommes basanés, misérablement vêtus, mais armés jusqu’aux dents, sans compter trois ou quatre dogues qui se tenaient près d’eux en manière d’avant-garde.
— Les as-tu bien vus ? — dit tout bas à son compagnon l’un de ces hommes qui s’étaient tous deux tapis dans la broussaille et lorgnaient d’un regard de chat tigre le creux sillon du ravin.
—  Pardi ? — répondit l’autre, — j’étais niché sur le grand palmiste ; et je crois que de là on pouvait bien pointer les gibiers, pas avec la carabine, bien entendu. Ils ont gagné le mamelon qui donne sur cette pente ; il n’y a pas de doute qu’ils descendent maintenant ???
— En ce cas, ils sont à nous, — reprit le premier, — car, à moins de faire la dégringolade comme celui de ce matin, ils n’ont pas d’autre escalier qu’ici... Mais chut ! j’ai comme entendu quelque chose ! — Tiens bien les chiens !… »

7 Lames la Mer

Notes

[1En 1988, soit 144 ans après la première édition, « Les marrons » — jusque là réputé introuvable — est enfin réédité aux éditions du CRI (Centre de recherche indianocéanique) grâce à la détermination de Raoul Lucas qui trouve enfin « par le plus miraculeux des hasards » et après de longues recherches, un exemplaire de ce premier roman réunionnais dans le fonds que la descendante du poète Raphaël Barquissau lègue à la ville de Saint-Pierre en 1986.

[2Louis Timagène Houat sera arrêté par les autorités coloniales qui lui reprochent d’être « l’épicentre d’un mouvement entretenant des relations, à l’extérieur avec des Libres de couleur des Antilles et des démocrates de France, dans l’île avec des blancs (pauvres ?), des Libres de couleur, des engagés indiens et des esclaves, débattant de l’abolition de l’esclavage et de l’avènement de la démocratie à Bourbon », écrit Raoul Lucas dans la réédition, en 1988, du premier roman réunionnais : « Les marrons ». Le 8 août 1836, le tribunal de Saint-Denis condamne Louis Timagène Houat « et consorts » à la déportation « dans un lieu à arrêter ». Malgré une amnistie royale promulguée par la suite, les autorités coloniales de Bourbon font exécuter la peine. Louis Timagène Houat et ses co-inculpés sont donc expulsés juridiquement pour 7 ans sur La France.

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